Internationalisation et localisation d’images

Aujourd’hui, les pages html des sites Internet mais aussi les logiciels et tous les produits qui s’y réfèrent, contiennent énormément de ressources multimédia sous forme de fichiers audio, vidéo et images, statiques ou animées. Dans ce contexte, les créateurs de sites web et les traducteurs-localisateurs (et –trices !) sont amenés à traiter ce genre de fichier par une approche multilingue et multiculturelle, visant à préserver le message original et sa juste interprétation dans le contexte culturel de l’utilisateur final. J’aimerais vous présenter le traitement des images en amont, dans une démarche de globalisation et en aval en vous proposant des solutions techniques concrètes pour localiser des images.

Je vais d’abord décrire les aspects culturels liés à l’interprétation des images avant d’évoquer les aspects linguistiques pour ensuite vous présenter, à l’aide de quelques études de cas, quelles solutions techniques s’offrent à nous pour localiser des images et leur contenu de différentes manières et dans différents logiciels.

Aspects culturels

Pour comprendre, à quel point peuvent varier les visions du monde selon l’endroit où l’on se situe, je vous propose d’observer la carte du monde suivante :


Source: http://www.jmthivel.com/jmt_arbrevoyage/voyages/voyages_cartes.htm

A priori, rien d’étonnant, vous me direz, c’est un planisphère comme nous le connaissons bien, centrée sur l’Europe.

Voyons maintenant ce planisphère :


Source: http://derrierelescartes.over-blog.com/article-13788300.html

On découvre, comment les chinois ou les japonais représentent le monde. Ils le coupent au niveau de l’océan Atlantique pour faire apparaître l’Asie au centre la carte. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la traduction du mot Chine est « Le pays du milieu ».

Ici, nous découvrons un planisphère australien :


Source: http://www.odt.org/hdp/

Les australiens inversent la carte du monde, le pôle sud en haut, l’Australie bien au milieu. Il est plutôt anecdotique parce qu’aujourd’hui, les Australiens utilisent plus généralement le planisphère centré sur l’Europe.

Si je vous parle de ces différents choix de cadrage des planisphères, c’est pour vous inviter à une réflexion sur la perception des images et le fait que tout est toujours une question d’interprétation. Certes, il est plus facile pour les lecteurs d’un pays de retrouver leur pays au centre de la carte, plutôt que d’avoir à le rechercher dans un de ses coins.

Mais ce choix implique aussi une perception politique du monde, qui peut sous-entendre que les pays placés au centre ont plus d’importance que les autres. C’est une question d’ethnocentrisme. Qu’est-ce que l’ethnocentrisme ? Le Dictionnaire Culturel en Langue Française du Robert le définit ainsi : « Tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et à en faire le seul modèle de référence ».

Localiser une image, c’est d’abord essayer de la voir avec les yeux de celui qui la regardera une fois qu’elle sera localisée et d’imaginer ce qu’elle lui évoquera. Il faut qu’elle transmette le même message, qu’elle ait la même signification que l’image d’origine.

On sait également que, p.ex. les couleurs ou les chiffres ont des significations différentes selon les différentes cultures.

Prenons, p. ex. le blanc :

Dans la symbolique occidentale, le blanc est généralement associé à la pureté, à l’innocence, à la chasteté, à la paix (drapeau blanc), à la virginité, au mariage, à la spiritualité, à la sainteté et à la vie.

Dans la symbolique asiatique ou africaine, le blanc est associé à la mort, au deuil. La mort étant le passage obligé vers un nouveau monde, elle est considérée comme une renaissance, dont le blanc évoque la pureté.

Significations des couleurs selon les cultures

Pays Rouge Bleu Vert Jaune Blanc
Etats-Unis Danger masculinité sécurité lâcheté pureté
France Anarchisme, Communisme liberté, paix, royauté (sang bleu) criminalité temporalité monarchie, neutralité
Egypte Mort, méchanceté vertu, vérité, fidélité, immortalité fertilité, force, Islam Joie, prospérité Joie, fête
Inde Vie, créativité communication, expression de soi prospérité, fertilité succès Mort, pureté
Japon Colère, danger Méchanceté, bassesse futur, jeunesse, énergie Race, noblesse mort
Chine Joie, mariage paradis, légèreté dynastie Ming, paradis, légèreté naissance, santé, force mort, pureté

Source: CRIM Formation

Beaucoup de symboles ont également une connotation culturelle.


Cette svastika, décoration d’un temple balinais, représente la vie, l’amour, la perfection suprême, l’infini

© Cornelia Buttmann-Scholl

La Croix gammée : symbole de l’Allemagne nazie


© Wikipedia

Le svastika est un symbole très positif chez les hindous parce qu’il représente la construction et la croissance. Dans d’autres cultures il est perçu comme le symbole de l’Allemagne nazie, donc un symbole extrêmement négatif, voir choquant.

On comprend facilement qu’il est préférable d’éviter d’office d’utiliser ce genre de symboles dans une démarche de globalisation, car ils peuvent être interprétés différemment selon les cultures.

Nous voyons ici un certain nombre de symboles religieux :

© Wikipedia

Mieux vaut les connaître et, dans une démarche de globalisation, éviter leur utilisation dès le départ pour éviter tout problème d’interprétation.

Ici, vous pouvez observer deux panneaux Stop :



© Wikipedia

Le panneau Européen en haut nous évoque, rien que par sa forme, un panneau stop. Il n’en sera pas de même pour les Japonais, qui eux sont habitués à des panneaux stop triangulaires.

Il est très important de connaître la signification de divers symboles et quand on localise une image il faut être bien conscient que le contenu d’une image peut être perçu différemment selon les différentes cultures.

Vous avez ici deux captures d’écran du site Internet bilingue arabe / anglais d’Ikea Arabie Saoudite.

Version en arabe, © IKEA

Version en anglais, © IKEA

On va y observer plusieurs éléments.

Premièrement : Regardez la petite image de la famille faisant ses courses chez IKEA en bas de l’image. On voit un monsieur en habit traditionnel et une femme voilée avec leur chariot et leur enfant. L’image a clairement été choisie en fonction du marché. En Moyen-Orient, il serait inapproprié d’utiliser p.ex. des images de femmes vêtues légèrement. Quand on doit localiser un site Internet et qu’on est amené à remplacer des images pour les adapter à un autre marché, on a à sa disposition de nombreuses banques d’images dans le monde entier qui peuvent nous fournir des images en fonction de nos besoins.

Pour n’en citer que quelques unes : Getty, Corbis, Jupiter Images, Fotolia, Alamy, Andia etc. Pour en trouver il suffit de saisir « banque d’images » dans Google, vous obtiendrez alors un large choix.

L’utilisation des images provenant des banques d’images est généralement soumise aux conditions d’une licence d’utilisation. Il existe deux grands types de licences, les licences libres de droit et les licences de droit géré. Je ne vais pas rentrer dans les détails, simplement, pour la licence de droit géré (rights managed en anglais) le prix dépend de l’utilisation de l’image et il est fixé au cas par cas selon le besoin du client (par exemple, en fonction de la taille de l’utilisation, la durée, etc…). La licence libre de droit (royalty free en anglais) élargit le cadre d’utilisation d’une image et autorise une utilisation illimitée (p.ex. sur divers support, pour une durée illimitée, etc…)

A chacun de choisir quelle solution lui conviendra le mieux.

Jusqu’ici, nous avons réfléchi au contenu pictural des images.

Revenons à notre site Internet d’Ikea Arabie saoudite.

Après avoir observé la petite image, on va se pencher sur les aspects linguistiques des contenus d’images.

On voit que du texte est placé dans des boutons, donc des images.

On observe déjà le sens de l’écriture et de la lecture : certaines langues s’écrivent de gauche à droite, d’autres de droite à gauche, d’autres de haut en bas. Il faut adapter la mise en page du document localisé au sens de l’écriture et de la lecture. Sur la version anglaise du site Ikea, le cheminement part de la gauche pour aller vers la droite alors que sur la version arabe c’est le contraire. Dans ce contexte, quand le texte accompagne un contrôle (bouton, case à cocher, curseur, zone de saisie…), il faut prévoir d’inverser le sens des images.

Dans Photoshop, on peut faire cela très simplement en passant par le menu Image>Rotation>Symétrie Axe horizontal (ou vertical, si besoin).

Longueurs des chaînes de caractères

Selon les langues, le nombre de caractères qui composent un mot peut varier, tout comme la distance entre les lettres et les espaces d’interligne.

Exemples de mots en anglais et en allemand :

Link -> Verknüpfung / 4 lettres -> 11 lettres

Login -> Anmeldung / 5 lettres -> 9 lettres

Update -> Aktualisierung / 6 lettres -> 14 lettres

Si du texte est placé dans des boutons ou sur des images d’arrière-plan, il va se poser le problème de la dimension de l’image qui devra changer.

Changer toutes les images d’arrière-plan prend beaucoup de temps.

La solution idéale serait de prévoir ce genre de problématique dès la conception et la programmation d’un produit, donc d’adopter une démarche d’internationalisation dès le départ en s’assurant, grâce au CSS que les graphiques d’arrière-plan puissent s’étendre et toujours s’adapter au contenu.

Pour ceux et celles qui s’y connaissent déjà un peu en CSS et qui veulent en savoir plus sur les solutions possibles et visionner à quoi ressembleraient les codes à utiliser, je vous conseille ces deux articles :

http://www.w3.org/International/questions/qa-resizing-backgrounds

http://webghusse.free.fr/cours_html/background.html

Un autre cas de figure de texte se trouvant dans des images, sont les captures d’écran. Prenons un exemple concret : vous localisez un site Internet qui comporte, sur la page « plan d’accès » une capture d’écran de Google maps en français, indiquant comment se rendre dans un certain lieu. Pour localiser cette image p.ex. vers l’anglais, il suffit de se rendre sur Google maps en anglais, de définir le même lieu géographique et de refaire une capture d’écran. Donc : Si les ressources sont disponibles en ligne, comme dans notre exemple, mieux vaut réaliser une nouvelle capture d’écran dans la langue cible, plutôt que de traduire le texte.

Là c’était un cas assez simple, mais parfois, on a besoin d’avoir accès à un programme ou une base de données spécifique, où il faut alimenter les écrans avec certaines informations significatives. Dans ce cas, le plus simple sera de s’adresser à la personne qui a réalisé les captures d’écran originales et de lui demander qu’elle en reprenne dans la langue cible.

Les schémas

Si l’on a un schéma nécessitant des explications, il sera préférable que les explications correspondent à des n°s ou à des lettres, comme c’est le cas dans cette notice d’utilisation d’un mixeur :

© SEB

Ainsi, lors de la localisation de la notice d’utilisation, le traducteur / la traductrice n’aura pas à intervenir sur l’image. Si un titre ou une explication textuelle sont nécessaire, mieux vaut les placer dans des champs séparés (« titre » et « description ») de façon à faciliter les traductions. Dans ce cas, le traducteur traduira le titre et la description directement dans l’espace prévu, sans qu’il soit nécessaire de faire appel à un logiciel de retouche d’images.

Si malgré toutes ces réflexions sur les diverses démarches de globalisation en amont d’une localisation, on doit quand même traduire du texte dans une image, il existe diverses solutions.

Voyons d’abord les images statiques. Ces images peuvent avoir différents formats, p.ex. JPG, tif, png, bmp, etc… Par contre, une image contenant du texte ne peut pas directement être créée dans un de ces formats. Il doit exister un fichier source dans lequel le texte figure sur un calque. Si l’image a été créée sous Photoshop, le format original est le format psd. Il faut s’assurer d’obtenir de la part du donneur d’ordre ou du client les fichiers originaux avec les calques. On pourra alors intervenir directement sur les calques textes et créer un calque texte pour chaque langue.

Ici on voit comment cela se présente dans Photoshop :

On a un arrière-plan et un calque texte que l’on peut modifier sans problème. Dans une image jpg ou png les calques sont aplatis et on ne peut pas directement intervenir sur le texte. On aura, en plus, des problèmes pour connaître la police, la taille, etc…

Pour information, il existe un logiciel Open Source de traitement d’image bitmap qui est souvent considéré comme une alternative libre au logiciel Adobe Photoshop. Il s’agit du logiciel GIMP. Il est considéré à la fois grand public et de qualité professionnelle. Il fonctionne sous Windows, Mac et Linux et son format XCF permet de conserver les calques et autres paramètres propres à une image éditée avec GIMP.

Qu’en est-il des images animées ?

Dans le cas des gifs animés, on a des fichiers dans lesquels plusieurs fichiers gif sont mis bout à bout avec un temps d’affichage spécifique pour chaque image. Chaque fichier constituant un gif animé doit donc être traité séparément comme une image normale, puis réintégré dans l’animation. Il ne faut pas oublier d’adapter le temps d’affichage de l’image à la vitesse de lecture du texte dans la langue cible.

Le logiciel de la suite CS3 d’Adobe approprié pour le traitement des gif animés est Adobe Fireworks. De nombreux logiciels libres comme Image Ready, Animation-Shop, Gif Builder ou le plug-in GIMP-Animation Package existent également.

Dans les ressources multimédias que l’on rencontre très fréquemment aujourd’hui sur Internet, il ya bien sûr le format Flash. Je ne vais pas trop rentrer dans les détails techniques, mais je souhaite quand même aborder au moins brièvement la question des fichiers flash. Flash est un logiciel de création graphique qui permet de réaliser des animations (vidéo, images, etc…) ainsi que des interfaces de navigation. Le fichier flash lisible (format swf) est obtenu à partir de la compilation du fichier source (format fla). Le fichier swf est impossible à éditer. Il faut donc travailler sur le fichier source en format fla. Comme pour un gif animé, il faut penser à adapter le temps d’affichage de l’animation au texte à lire.

Un aspect intéressant du logiciel flash est le fait qu’il offre une fonctionnalité permettant d’externaliser les chaines de texte dans un fichier xml, intégrées ensuite dynamiquement au fichier swf. Le travail de traduction ne s’effectue donc plus dans le fichier fla (qui nécessite des connaissances du logiciel flash), mais simplement dans un fichier xml. Pour plus d’information sur cette fonctionnalité, vous pouvez consulter cette page : http://www.adobe.com/support/flash/languages/flashlocalization/

La localisation d’images est une prestation qui est prise en charge par un certain nombre d’agences de traduction et par certains traducteurs-localisateurs. Quand on travaille sur un projet de localisation avec un logiciel de mémoires de traductions comme p. ex. Trados, on dispose, en général, d’un sous-répertoire dédié aux Images. Il suffit de placer dans le dossier « images cible » les nouvelles captures d’écran ou les images traduites ou encore les images non modifiées, selon les besoins.

Pour conclure…

… cet article, j’aimerais citer le chat qui dit que deux précautions valent mieux qu’une !

© Philippe Geluck, Le calendrier du chat

En effet, pour gagner du temps et donc de l’argent, l’idéal est d’agir dès la conception d’un produit dans une démarche d’internationalisation et de prévoir une éventuelle future localisation du produit avec toutes les précautions que cela implique. Et, en même temps, un excellent traducteur-localisateur, à la pointe du progrès, a aussi intérêt à connaître et savoir exploiter les outils et logiciels qui sont à sa disposition pour produire une localisation d’image de qualité irréprochable.

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